De Gutenberg à l’IA : brûler les livres… ou apprendre à « relire » ?

Le débat « IA » est sans fin. À écouter, on oscille entre 2 postures radicales : “c’est génial, ça va tout changer”, sans savoir très bien comment ; ou alors “c’est dangereux, il faut s’en méfier”, sans savoir pourquoi. On parle beaucoup. Comprenons-nous ?
Ceci me rappelle une « petite » histoire.
Au XVe siècle, Johannes Gutenberg met au point l’imprimerie. Une révolution. Mais contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, tout le monde n’a pas applaudi. Certains y ont vu une menace : une diffusion trop large du savoir, une perte de contrôle pour les élites, un risque de désinformation (déjà) et même la disparition de certains métiers. Les arguments ne sont pas nouveaux, ils ont simplement changé de vocabulaire.
Imaginons un instant si l’on avait décidé collectivement de freiner Gutenberg, de le réguler fortement, voire de l’empêcher de finaliser son invention. Il y aurait probablement eu moins de livres, éducation, moins de diffusion/circulation des idées… et sans doute d’autres sociétés.
5 siècles plus tard, nous rejouons la scène… Similaire, avec de grandes différences mais des réactions étonnement très proches. L’IA suscite les mêmes enthousiasmes rapides, les mêmes inquiétudes immédiates, et, entre les 2, trop peu de prise de recul. Pourtant, comme toute grande rupture technologique, elle transforme les métiers, crée des biais, soulève des questions éthiques et risque des « détournements ». Rien de très surprenant !

Ce qui est frappant, c’est la constance des réflexes humains. Lorsqu’une technologie dérange, on retrouve souvent les mêmes tentations : contrôler, interdire, simplifier le débat. L’histoire à aujourd’hui nous dit sans cesse que certains ont brûlé des livres, censuré des idées, filtré l’information. Aujourd’hui, ces mécanismes existent toujours, mais sous des formes « subtiles », plus numériques. Quelques lignes de code ou un algorithme bien orienté suffisent. Le contrôle a simplement changé d’apparence.

Que faire pour probablement éviter les deux excès les plus « instinctifs » et « faciles » que sont l’adhésion naïve et le rejet réflexe ? Il existe pourtant une voie plus exigeante, mais plus utile, en cherchant à comprendre, tester, identifier les limites, optimiser les usages et garder un minimum de contrôle. Refuser sans comprendre rassure, adopter sans réfléchir expose.
Si Gutenberg revenait aujourd’hui, il ouvrirait un compte LinkedIn, lirait sans doute, avec un léger sourire, que l’imprimerie a été passagère avec finalement « peu » de cas d’usage concrets vs le monde « digital » d’aujourd’hui… Mes étudiants le montrent chaque jour avec peu de stylos & bouquins dans les cartables.

L’IA n’est ni une religion ni un ennemi. C’est un outil, certes puissant, aux limites complexes à imaginer, mais mérite mieux que des réactions instinctives : elle demande un peu de curiosité, un peu de rigueur, un peu d’humilité; Le futur est passionnant. Apprenons vite avant d’être perdu!

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