Une confusion fondatrice : objectif vs stratégie
Sous pression des régulateurs, des investisseurs, de l’opinion publique (et parfois aussi des Business Schools engagées), les entreprises ont souvent adopté des engagements net zero à horizon 2050.
Dans les faits, beaucoup moins.
Mais une question mérite d’être posée franchement : combien relèvent d’une stratégie… et combien d’un récit ?
Les effets très concrets de cette confusion
- des feuilles de route incomplètes ou peu crédibles
- des arbitrages repoussés (et donc de l’inaction… et de ses coûts futurs)
- des démarches “cosmétiques” (certifications, bilans carbone sans suite réelle sauf pour rester référencé chez un client….)
- une dépendance implicite à des solutions futures incertaines (captation carbone, innovations immatures)
L’illusion du point d’arrivée
Car cette simplicité a un coût : elle écrase la complexité réelle des transformations à mener.
- il donne une impression de maîtrise
- il aligne les discours
- il rassure les parties prenantes
- d’un horizon abstrait à des décisions immédiates
- d’une ambition déclarative à une transformation opérationnelle sur tous les scopes (1, 2 & 3).
- d’un engagement statique à une dynamique évolutive
La transition introduit une dimension clé : la temporalité réelle des transformations.
- Par où commencer ?
- Comment séquencer les investissements ?
- Quels compromis accepter ?
- Jusqu’où embarquer l’écosystème ?
De la promesse à la crédibilité
Le changement est déjà en cours.
- son ambition affichée
- son alignement avec des standards
- ses engagements formels
- la cohérence de sa trajectoire
- la mesurabilité de ses progrès
- la réalité des transformations engagées
- l’implication du management, sa crédibilité et confiance accordée (en interne et pour les parties prenantes: clients, banques, etc…)
Moins de storytelling, plus de preuves.
- les outils seuls ne suffisent pas (certifications, bilans carbone, aides…)
- le facteur déterminant est l’engagement réel des dirigeants
- la performance financière et non financière s’améliore pour la grande majorité des entreprises sondées
- les capacités dynamiques – Teece (2007) – de l’entreprise se renforcent et donc de quoi faire la différence sur les marchés
- Sensing : développer une compétence carbone (comprendre, former, intégrer) pour identifier enjeux et opportunités
- Seizing : déployer des innovations (réduction d’émissions, éco-conception, négociations/partenariats – scope 3, fournisseurs), transformation opérationnelle)
- Reconfiguring : transformer en profondeur l’organisation et le modèle économique pour aller vers d’autres modèles, parfois hybrides, et qui sont nombreux: développement durable, circularité, partage, etc… et moins « linéraire », avec détermination, innovation et dans le temps, en méthode « progressive » et pas « destructive ».
Résultat : une amélioration durable de la performance globale.
Le danger est bien réel.
- faut-il abandonner certaines activités ?
- faut-il repenser le modèle économique ?
- faut-il accepter des sacrifices à court terme ?
Le vrai test
Trop lointaine. Trop abstraite. Trop confortable.
- avons-nous engagé des transformations irréversibles ?
- avons-nous pris des décisions coûteuses mais nécessaires ?
- avons-nous commencé à redéfinir notre modèle économique ?
Ce n’est plus l’alignement. C’est l’exécution.
Dans cette perspective, des approches comme celle de Doughnut Economics proposée par Kate Raworth (2012) offrent un cadre utile : un espace “juste et sûr” entre plancher social et plafond écologique.
Mais aucun modèle ne remplace l’essentiel : la décision.
Car la transition ne se décrète pas à l’horizon 2050. Elle se construit, décision après décision, dès aujourd’hui… et offre un nombre incroyable d’opportunités. Je le dis sans cesse à mes étudiants et collègues… Il ne faut pas culpabiliser et chercher des mouchoirs pour essuyer des larmes qui expliquent ce que l’on connait déjà… mais saisir ces opportunités pour construire un monde plus apaisé et certainement meilleur. La France et l’Europe ont tous les atouts et cette « distinctivité » liées à notre géographie, histoire, capacité d’innovation, empreinte culturelle, les savoirs, l’ouverture, l’humanisme, etc.. pour nous orienter sur un chemin exemplaire et qui inspire… Tant d’opportunités: du jamais vu, de la génération Alpha aux générations Z, Y (millennials), X, baby-boomers sans oublier les « oubliés » et les « laissés-pour-compte ».




