En choisissant de l’eau au supermarché, une scène a attiré mon attention.
« Mamie, je peux prendre du coca ? »
« Bien sûr mon chéri, si ça te fait plaisir. »
Cette scène nous est probablement familière. Pour beaucoup de générations ayant connu le manque, « faire plaisir à un enfant avec de la nourriture » est devenu une manière d’aimer. Une manière concrète d’offrir ce qu’on n’avait pas toujours pu avoir soi-même. Et le corps des enfants, lui, est naturellement attiré par les aliments riches en sucre, en gras et en sel, capables de procurer un plaisir immédiat.
Autrefois, « un enfant bien rond » pouvait être perçu comme un signe de bonheur et de bonne santé. Aujourd’hui, dans un monde où notre environnement alimentaire a profondément changé, l’obésité devient peu à peu un véritable enjeu de santé.
Lors de certaines conférences de la WOF (World Obesity Federation) auxquelles j’ai récemment participé, un chiffre m’a particulièrement marquée : d’ici 2035, plus de la moitié de la population mondiale pourrait être en situation de surpoids ou d’obésité. Et de plus en plus de recherches montrent que l’obésité ne se résume pas simplement à « manger trop ». Elle ressemble davantage à une adaptation métabolique complexe et progressive : l’environnement alimentaire, le rythme de vie, les émotions, les inflammations chroniques, la régulation de l’insuline, les conditions économiques… Tous ces éléments influencent progressivement notre équilibre métabolique. C’est aussi pour cela que perdre du poids est souvent plus difficile qu’on ne l’imagine. L’obésité est aujourd’hui de plus en plus considérée comme un déséquilibre métabolique chronique, multifactoriel et récidivant. Et cela ne doit pas être vécu comme une fatalité. Au contraire, il nous rappelle que les changements durables ne reposent pas uniquement sur le contrôle ou la discipline à court terme.
Ils demandent du temps. Le temps de recréer un environnement plus stable, un nouveau rythme, une autre relation au corps et à l’alimentation. Très souvent, ce qui manque aux personnes n’est pas la volonté. Mais une compréhension plus profonde de leur corps.
Si cette grand-mère savait que les aliments riches en sucre et en gras n’ont plus aujourd’hui le caractère exceptionnel qu’ils avaient autrefois ; si elle savait que ces petits plaisirs répétés peuvent favoriser, silencieusement, un déséquilibre métabolique durable… Alors peut-être qu’elle n’aurait pas acheté aussi spontanément cette grande bouteille de coca, mais une autre manière d’exprimer le même amour…




